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Manifeste des Organisations de la Société
Civile du Burkina Faso
au sujet des négociations des Accords de
Partenariat Économique (APE)
Le 27
septembre prochain marque le cinquième anniversaire du lancement des
négociations des Accords de Partenariat Économique (APE) entre l’Union
Européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
Nous, organisations de la société civile, tenons à protester contre les
APE tels qu’ils sont proposés actuellement par l’Union Européenne.
Nous croyons
que la coopération UE-ACP doit être fondée sur une approche qui
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soutienne le
développement durable des pays ACP et la réalisation de droits humains
économiques, sociaux, environnementaux, culturels et civils ;
- -
soit basée
sur le principe de non réciprocité et celui d’un traitement spécial et
différencié pour les pays les moins avancés ;
- -
reconnaisse
aux producteurs ACP le droit à protéger commercialement leurs propres
marchés, locaux et régionaux, comme eux-mêmes et leurs gouvernements
l’estiment nécessaires ;
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reconnaisse
et soutienne le droit des pays ACP à la souveraineté alimentaire
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assure et
protège le droit des pays ACP à disposer de l’espace politique
nécessaire leur permettant de formuler et de poursuivre leurs propres
stratégies de développement.
Tout en
présentant les APE comme des “instruments de développement”, l’UE pousse
pour qu’ils deviennent des accords de libre échange amples et
approfondis. Les propositions de l’UE auraient comme effet non seulement
d’éliminer presque tous les droits de douane sur les biens et les
marchandises, mais ils comprendraient aussi la libéralisation des
services, des investissements et des marchés publics et imposeraient des
règles sur la politique de concurrence, la propriété intellectuelle, la
protection des données, la facilitation du commerce, etc.
De tels APE
ouvriraient les marchés ACP à la concurrence inégale des exportations
européennes ; ils mineraient les efforts d’intégration régionale, et
détruiraient les industries naissantes, l’agriculture familiale, les
emplois et les conditions de vie. Ils réduiraient fortement l’espace
politique dont disposent les ACP pour dessiner et réguler leurs propres
politiques qui répondent à leurs besoins et objectifs de développement.
Les APE amèneraient à une augmentation des inégalités sociales et de la
pauvreté.
Face à la
date butoir formelle du 31 décembre 2007, l’UE met une pression énorme
sur les pays ACP pour qu’ils signent des APE avant la fin de l’année en
agitant la menace de diminuer l’aide au développement et d’augmenter les
droits de douanes sur les importations.
Nous
condamnons le recours à de telles tactiques d’intimidation contre des
pays parmi les plus pauvres du monde ainsi que l’exigence de relations
commerciales réciproques entre des pays de capacités économiques si
inégales.
1. Nous,
Organisations de la Société Civile du Burkina Faso, et donc de la
CEDEAO, sommes inquiets car la position de
la CEDEAO n’est pas claire. Nous ne comprenons pas pourquoi
elle négocie en cachette. Alors que l’Accord de Cotonou prévoit
d’associer les Acteurs Non Étatiques (communément appelés ANE !) aux
négociations, tout se fait dans l’ombre, du côté de l’Union Européenne
comme du côté de la CEDEAO. Nous demandons à être informés au jour le
jour sur l’état des négociations.
2. Plus
grave, nous ne comprenons pas pourquoi la
CEDEAO tarde tant à réformer le TEC (le Tarif extérieur
commun qui définit le niveau des taxes à l’importation). La forte
augmentation des importations du riz, du blé, du lait en poudre, de
l’huile... sur le marché mondial fait apparaître clairement que le TEC
de l’UEMOA est beaucoup trop libéral. Il n’a pas permis de développer la
filière riz, ni la filière lait pour ne citer que de ces deux filières.
Aujourd’hui, il est encore temps de le corriger. Nous avons toute
liberté pour ajouter une bande tarifaire (donc une taxe à l’importation
sur certains produits) à 50 % et pourquoi pas une autre à 100 %. Mais si
nous signons un APE avec l’Union Européenne, nous ne pourrons plus
modifier le TEC vers le haut, et nous ne pourrons plus rien taxer à
l’importation à plus de 20 %, ce qui n’est pas significatif. Cela ne
nous protège même pas des fluctuations du dollar, sans parler des
mouvements du marché mondial.
Aussi,
demandons nous à la CEDEAO d’introduire de nouvelles bandes tarifaires
dans le TEC actuel, avec, au minimum, une bande tarifaire à 50%.
La
constitution de la liste des produits spéciaux (ceux qui seront
dispensés de libéralisation dans le cadre de l’APE avec l’Europe) est
d’une importance capitale. Elle doit se faire dans la transparence (en
dialogue avec la société civile). Elle ne peut être bâclée en quelques
jours, simplement pour répondre à la volonté de M. Peter Mandelson, le
négociateur en chef de la Commission Européenne qui veut conclure les
négociations avant le 31 décembre 2007.
D’autre
part, elle est liée à celles des produits sensibles qui sont
actuellement en négociation à l’OMC. La voie normale serait de négocier
à l’OMC une liste de produits sensibles la plus large possible, puis d’y
ajouter les produits spéciaux, c’est à dire, ceux qui seraient dispensés
de libéralisation dans le cadre d’un APE.
Il s’en suit
que rien ne justifie de signer un APE avant que le Round de Doha ne soit
achevé à l’OMC.
3. Il est
reconnu qu’ à l’OMC, la libéralisation entre une grande puissance telle
que l’Union Européenne, et une région parmi les plus pauvres de la
planète, comme la CEDEAO, peut être asymétrique. C’est à dire que
l’Europe peut libéraliser ses échanges à 100 % pendant que la CEDEAO ne
les libéralise qu’à 50 ou 60 %. L’OMC ne chiffre pas ce taux de
libéralisation. La CEDEAO ne devrait pas négocier à partir de la
position de l’Europe, mais partir de ses besoins.
Un taux de 50 % paraît beaucoup plus
respectueux des intérêts de l’Afrique de l’Ouest, et tout à fait
défendable devant l’OMC, et donc devant l’Europe qui s’appuie
constamment sur les règles de l’OMC pour pousser les pays ACP à une
libéralisation presque totale. Le ROPPA a développé une bonne
argumentation en ce sens.
4. De ce qui
précède, il est facile de conclure que la
date butoir proposée par l’Union Européenne (décembre 2007) est tout à
fait irréaliste. Bien plus, elle ne peut être justifiée en
rien. Le cycle de Doha devait s’achever en 2004. Puisque les APE sont
liés aux règles de l’OMC, attendons au moins la fin du cycle de Doha
pour conclure un APE. Négocions à l’OMC nos produits sensibles,
rappelons le bien-fondé des préférences commerciales... et surtout
prenons le temps de négocier un APE favorable aux deux parties, et
notamment au développement de l’Afrique de l’Ouest et à la lutte contre
la pauvreté, parties intégrales de l’Accord de Cotonou.
5.
L’Assemblée Nationale sera appelée à ratifier l’APE quand les chefs d’Etat
de la CEDEAO l’auront approuvé. Nous ne comprenons pas comment,
aujourd’hui, l’Assemblée Nationale, semble se désintéresser des
négociations qui préparent cet APE. Quant à nous, membres de diverses
Organisations de la société civile et signataires de ce document,
nous demandons qu’un débat
soit institué sans tarder à l’Assemblée Nationale sur les enjeux d’un
APE, et qu’il se prolonge à travers l’ensemble des médias du pays.
Le 11 juin
2007, répondant à la question d’un journaliste, le Premier Ministre, M.
Tertius Zongo disait : « Aller tout de suite aux APE n’est pas la
solution. » Nous partageons pleinement cette prise de position.
Pour dissiper nos inquiétudes, nous souhaitons vivement qu’une
délégation des signataires de ce document puisse nous représenter auprès
du Premier Ministre dans les tous prochains jours.
Ouagadougou,
le 27 septembre 2007
Ont signé :
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Pour la CPF
(Confédération Paysanne du Faso)
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Pour le ROPPA
(Réseau des Organisations
Paysannes et
des Producteurs Agricoles de
l’Afrique de
l’Ouest) |
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Pour RECIF-ONG
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Pour le SEDELAN
(Service d’Editions
en Langues
Nationales) |
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Pour Inades -
Formation
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Pour le SPONG
(Secrétariat Permanent des
ONG)
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Pour ORCADE
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Pour la (LCB)
Ligue
des
Consommateurs du Burkina
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Pour l’AJAD
(Association Jeunesse
Action et
Développement)
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NB:
Pour plus d’information, nous vous invitons à suivre l’émission
« parlons en » qui passera le 27 septembre après le journal de 20 heures
(enregistrement à 15 h le 25 septembre) et à la conférence de presse
qui se tiendra à la CPF le 25 septembre à partir de 9 heures.
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